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Road movie alpin

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Olivier Peyon, Réalisateur

02 Jan 07 17:39


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Né en 1969 dans la région parisienne, Olivier Peyon a grandi à Nantes où après une licence d'économie, il décide de revenir à Paris pour travailler comme assistant de production, notamment sur les films d'Idrissa Ouedraogo.

 Après un passage par le centre national de la cinématographie, il réalise 5 courts métrages dont PROMIS, JURE (1996) primé à Rennes, JINGLE BELLS (1997) sélectionné à la 54ème Mostra de Venise et primé à Brest, Sarlat, Brest et Rennes, CLAQUAGE APRES ETIREMENTS (2000) et A TES AMOURS (2001), primé à New York, Gardanne, Luchon, La Ciotat ; Ces deux derniers films étant nominés aux Lutins du court métrage.

 Parallèlement à la réalisation, il a traduit (sous-titres et/ou doublage) quelques cent cinquante films, dont LE VENT SE LEVE de Ken Loach, INTOLÉRABLE CRUAUTÉ, O BROTHER, THE BIG LEBOWSKI, FARGO des frères Coen, HIGH FIDELITY, HI-LO COUNTRY de Stephen Frears, TRAINSPOTTING, PETITS MEURTRES ENTRE AMIS de Danny Boyle, 4 MARIAGES ET 1 ENTERREMENT de Mike Newell, DANS LA PEAU DE JOHN MALKOVICH de Spike Jonze, COUP DE FOUDRE À NOTTING HILL de Roger Michell, USUAL SUSPECTS de Bryan Singer, HUMAN NATURE de Michel Gondry…

 LES PETITES VACANCES est son premier long métrage. Il a été lauréat des Trophées du premier scénario CNC en 2003, a reçu le prix Gan du meilleur scénario au festival des scénaristes de la Ciotat et a été retenu pour les lectures de scénario du festival Premiers Plans à Angers en 2004, festival où le film sera projeté en avant première en 2007 lors d'un hommage cinquante ans de carrière de Bernadette Lafont.




Découvrez également les Courts Métrages d'Olivier Peyon



Entretien avec le réalisateur

LE PROJET

Derrière l’histoire d’une grand-mère qui kidnappe ses petits-enfants, il y a la volonté de raconter une histoire universelle, faire un portrait intime qui commencerait par la comédie avant de flirter avec le drame. Ça me semblait particulièrement approprié à cette femme qui se jette à corps perdu dans son rôle de grand-mère modèle, mais va devoir se réinventer en tant que femme. Derrière le vernis, je voulais filmer les craquelures, les fissures, d’où la volonté de tirer cette comédie “familiale” vers un drame de l’intime et peut-être un drame tout court.

LE PERSONNAGE DE DANIELE

Pendant l’écriture, je me souviens avoir avoué à Cyril Brody, le co-scénariste, "Danièle c’est moi !". Je cherchais le vertige dont on est pris quand on a l’impression que plus rien n’est possible, mais que tout pourrait l’être à nouveau si on consentait à faire face, à lâcher prise quitte à déraper. Ce sont des périodes de remise en question qui n’ont pas les mêmes répercussions ni la même intensité à chaque âge de la vie. "Il y a deux âges privilégiés pour se préoccuper du sens de la vie : l’adolescence où tout est en éveil, où l’inquiétude, qui peut être extrême, est matinée d’espoir sous-tendu par les forces vives en ébullition, et puis le moment de reconnaissance, l’intime conviction de la naissance de la vieillesse, de son parcours inéluctable, point de départ d’une interrogation à vous rendre fou sur votre devenir." J’ai découvert le livre Claude Olivenstein Naissance de la vieillesse après l’écriture du scénario, mais c’était vraiment de ces deux âges dont nous parlions. Danièle est institutrice à la retraite, habituée à son rôle de grand-mère parfaite, utile, efficace, pédagogue, toujours prête à brandir de vraies valeurs au lieu d’être dans la spontanéité et dans la sensation. Or, à l’occasion de ces petites vacances avec ses petits-enfants, elle dérape. Elle prend conscience qu’elle ne peut plus se satisfaire de ce rôle de "mamie utile" dans lequel elle s’est sûrement enfermée elle-même, elle prend conscience que sa petite-fille commence à avoir un corps de femme, séduisant, sexuel, un corps qu’elle croit avoir perdu. Tout l’enjeu du film, c’est d’observer comment ces deux femmes acquièrent, s’échangent et se transmettent cette féminité.

BERNADETTE LAFONT

Danièle est un personnage complexe, en demi-teinte, en contradiction. Elle dit une chose, mais son corps en exprime une autre. Elle voudrait être forte, mais n’est que fragilité ; elle se veut aimable, mais devient impulsive, presque violente ; elle veut tout contrôler alors qu’elle n’arrive même plus à se comprendre. Elle doit à la fois être sympathique, émouvante, un peu ridicule au début quand elle s’enferre dans son rôle de mamie, mais elle doit aussi nous apparaître inquiétante et menaçante à mesure que la situation dégénère. Bernadette Lafont apporte d’emblée une force au personnage, une possible violence qui évite d’en faire une victime, de sa famille ou de la société. Sa pétulance et son dynamisme rendent le personnage drôle et attachant, mais ce qui m’intéressait surtout, c’était de travailler sur la fragilité. C’est un vrai contre-emploi pour Bernadette qui a rarement joué des femmes en perdition. Pour travailler le rôle, nous avons cherché à faire ressortir sa douceur, ses fêlures, pour apporter au personnage complexité, profondeur et émotion. Elle a tout de suite aimé le scénario, même si elle se méfiait du personnage de Danièle, tellement loin d’elle. Conduire Bernadette à cet état de lâcher prise était pour moi un enjeu de taille, d’autant que je ne soupçonnais pas à quel point c’était nouveau pour elle. Avant le tournage, elle m’a spontanément proposé d’arrêter de se colorer les cheveux et de laisser sa couleur naturelle. Plus tard, elle a accepté de travailler avec très peu ou pas de maquillage. Elle m’a également étonné par sa franchise à parler de la raréfaction, les années passant, des occasions de se confronter à des personnages aussi forts que ceux qu’on a pu lui proposer par le passé. Ses problématiques de comédienne et de femme rejoignent celles du personnage et c’est sûrement ce qui explique son implication si forte dans ce projet.

DIRIGER LES ACTEURS

Plutôt que de les diriger, j’essaie de les "mettre en humeur". Il n’y a pas de méthode unique puisqu’il n’y a pas de comédiens identiques. Sur Les Petites Vacances, c’est d’autant plus vrai que Bernadette, Adèle et Lucas ont chacun une histoire humaine et cinématographique spécifique. Bernadette a la carrière qu’on lui connaît, Adèle était en pleine adolescence, avait tourné dans deux films mais jamais de premier rôle. Quant à Lucas, il n’avait que 6 ans et n’avait jamais tourné. J’avais donc trois façons totalement différentes de leur parler parce qu’ils n’attendaient pas la même chose de moi, c’est tellement intime le rapport avec un comédien... Pour les mettre en confiance, j’ai moi-même besoin d’être en confiance et donc de les connaître, pas de façon anecdotique ou factuelle, mais de comprendre comment ils fonctionnent. Après, je m’adapte.

LA MUSIQUE...

J’aime l’idée de "réalisateur-musicien". J’ai longtemps joué d’un instrument et quand j’écris un scénario, je dois trouver l’air, la chanson ou le genre musical qui correspond à l’atmosphère du film et qui m’aide à me mettre en condition. Avec Jérôme Baur, le compositeur, j’ai travaillé de façon aussi proche qu’avec le directeur de la photo et pendant le montage, c’était un aller-retour incessant entre le monteur et le musicien. Le film s’est vraiment nourri de la musique et inversement. Comme dans mes cinq courts-métrages, je suis toujours à la recherche d’un rythme propre à l’image, par les cadres, les mouvements de caméra, avec des pauses et des accélérations. Ici, la musicalité est renforcée par le côté road movie du film, l’aventure de Danièle et de ses petits-enfants étant ponctuée par les rencontres avec l’homme du palace (Claude Brasseur) ou Nicole (Claire Nadeau). Le personnage de Danièle, comme une ligne de basse, porte la mélodie du film qui se développe de séquence en séquence, pour changer de rythme quand elle se jette à l’eau et traverse le lac Léman en bateau. De l’autre côté, elle bascule dans une toute autre dimension, une toute nouvelle mélodie.

LA SCENE FINALE

Une question d’interprétation ! Certains pensent qu’en partant, elle va vraiment réfléchir avant de retourner vers sa famille, d’autres pensent qu’elle va se suicider, d’autres qu’elle va retrouver Brasseur... J’avais pleinement conscience de cette fin ouverte, même si je ne suis pas forcément d’accord avec toutes les interprétations, mais ce que j’aime, c’est que lorsque les spectateurs me livrent la leur, ce n’est plus de mon film qu’ils me parlent, mais d’eux.





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