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Bernadette Lafont, 50 ans de carrière

02 Jan 07 16:50

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 Née à Nîmes, Bernadette Lafont se destinait à la danse. Elle entre à l'opéra de Nîmes où elle fait la connaissance de son futur mari Gérard Blain. À Paris, elle rencontre François Truffaut, qui lui offre son premier rôle dans Les Mistons (1957). Elle devient rapidement une figure représentative de la Nouvelle Vague. Elle a été l'héroïne de Une belle fille comme moi de François Truffaut et des films de Claude Chabrol comme Le beau Serge.
Elle interprète le rôle de Marie dans La Maman et la Putain (1973), de Jean Eustache, considéré par certains comme le dernier film marquant de la Nouvelle vague. La Fiancée du pirate de Nelly Kaplan, en 1969, lui permet de renouer avec le succès. Dans les années 1980, elle joue dans plusieurs films de Jean-Pierre Mocky, mais surtout dans L'Effrontée de Claude Miller en 1985 qui lui vaut un César.



Photos de films






Entretien avec Bernadette Lafont

LES PETITES VACANCES, PREMIER FILM, PREMIER ROLE

Dans les années 70, je portais entièrement des films, Une belle fille comme moi de Truffaut, La fiancée du pirate de Nelly Kaplan, mais à l’époque je n’avais pas du tout les mêmes armes pour aborder un rôle ! Je m’adorais ! Oui, je m’adorais ! Pour jouer Danièle, l’héroïne des Petites Vacances, j’étais un peu plus démunie, Olivier Peyon m’avait demandé de travailler quasiment sans maquillage. Quand on a été dans la séduction, qu’on a été connue pour ça, c’est compliqué... De ce point de vue, le tournage des Petites Vacances a été vraiment rude. Mais c’est aussi ce qui m’excitait, parce que là, c’est vraiment LE rôle de la soixantaine. C’est aussi l’occasion de pouvoir boucler la boucle, en quelque sorte, avec ce film qui arrive cinquante ans après avoir commencé avec Truffaut en 57. C’est un premier film, comme l’étaient ceux de Truffaut ou de Chabrol. Il y a quelque chose qui est logique dans ce parcours-là... J’avais une grande confiance en Peyon. Je savais que j’avais en face de moi, plutôt avec moi, un très bon chef d’orchestre, quelqu’un qui tenait son film. D’ailleurs, il me fait penser à Truffaut parce qu’Olivier est très rapide comme lui, qu’il a quelque chose d’un petit furet, et surtout, il a cette même manière très particulière d’être là, d’être vraiment avec les acteurs.

DANIELE, UN NOUVEAU REGISTRE

Quand je suis arrivée sur le tournage, je me suis dit : “Danièle est fragile... Comment je vais faire, costaud comme je suis, pour rentrer là-dedans ?” C’est un registre que je ne connaissais pas. Certaines actrices pleurent facilement mais moi, j’ai beaucoup de résistance de ce côté-là, énormément d’angoisse, dont je ne sais pas spontanément me servir. Quand on est comédien, on est à la fois le marionnettiste et la marionnette. Mais cette marionnette-là, il fallait la faire exister et je ne la connaissais pas du tout. Il fallait que je lâche quelque chose, que je m’abandonne. Par exemple, cette scène dans les toilettes, où je pleure, où je suffoque, c’est très nouveau pour moi. La difficulté consistait à toujours garder une tension intérieure, une immense rage. Sur le plateau par exemple, en dehors des prises, je ne me laissais jamais à aller à papoter comme je le fais d’habitude. Au contraire, je restais seule, je regardais ces paysages de montagne, grandioses, qui m’aidaient à ressentir le rien, la fragilité. Incarner le personnage de Danièle, c’était une histoire d’énergie à retourner comme un gant. Même si tout va bien, parce qu’elle a de l’argent, un mari, une famille, des amis... Tout lui apparaît comme une coquille vide quand elle réalise que ses petits-enfants n’auront bientôt plus besoin d’elle. Elle veut leur plaire absolument, les séduire, elle en rajoute. Rien à faire, ils s’en fichent parce qu’ils ne la voient pas. Elle est dépossédée de tout, perdue au bord de la vieillesse.

CLAUDE BRASSEUR

J’aime beaucoup Claude Brasseur, je l’ai souvent croisé. On a joué plusieurs fois ensemble, dans Une belle fille comme moi, et bien avant ça, Le Clair de lune à Maubeuge. Il nous a fait le cadeau d’accepter ce petit rôle, parce qu’il voulait, comme il l’a dit à Olivier, tourner de nouveau avec moi. C’étaient des retrouvailles, une bouffée d’air pour moi comme pour le personnage. Quand Claude apparaît dans le film, il a un peu l’air d’une guest star, une espèce de mythe. Tout d’un coup, la scène prend une autre dimension. On n’est plus seulement dans l’histoire, mais dans une histoire de cinéma.

LES PETITES VACANCES, QUELLES TRACES ?

Je suis comme une bande magnétique, quand un rôle est fini, j’efface et je repars à zéro, je passe au suivant. Certains restent accrochés à des rôles et ne peuvent plus s’en sortir. Moi, je ne fonctionne pas comme ça. Heureusement, j’ai le théâtre qui est une discipline, qui est plus revigorant que le cinéma, parce que c’est terrible de n’être qu’une chose au cinéma. Mais je dois dire que ce film m’a fait beaucoup de bien, pour son exigence, l’enjeu qu’il représentait pour moi et aussi, parce qu’il coïncide avec mes cinquante ans de cinéma, le sentiment d’avoir fait ma boucle, d’avoir eu tous les âges à l’écran. Même si je ne tourne plus jamais de film, il y aura eu celui-là...



FILMOGRAPHIE SELECTIVE

1957 : Les Mistons, de François Truffaut
1958 : Le Beau Serge, de Claude Chabrol
1959 : À double tour, de Claude Chabrol
1960 : L'Eau à la bouche, de Jacques Doniol-Valcroze
1960 : Les Bonnes femmes, de Claude Chabrol
1961 : Les Godelureaux, de Claude Chabrol
1965 : Compartiment tueurs, de Costa-Gavras
1967 : Lamiel, de Jean Aurel
1967 : Le Voleur, de Louis Malle
1968 : Les Idoles, de Marc'o
1969 : La Fiancée du pirate, de Nelly Kaplan
1970 : Élise ou la Vraie Vie, de Michel Drach
1971 : L'Amour c'est gai, l'amour c'est triste, de Jean-Daniel Pollet
1971 : Out One, de Jacques Rivette et Suzanne Schiffman
1972 : Une belle fille comme moi, de François Truffaut
1973 : La Ville-bidon, de Jacques Baratier
1973 : La Maman et la Putain, de Jean Eustache
1975 : Vincent mit l'âne dans un pré (et s'en vint dans l'autre) de Pierre Zucca
1976 : Noroît, de Jacques Rivette
1978 : Violette Nozière, de Claude Chabrol
1982 : On n'est pas sorti de l'auberge, de Max Pécas
1983 : Cap Canaille, de Juliet Berto et Jean-Henri Roger
1985 : Le Pactole, de Jean-Pierre Mocky
1985 : L'Effrontée, de Claude Miller
1986 : Inspecteur Lavardin, de Claude Chabrol
1987 : Masques, de Claude Chabrol
1988 : Les Saisons du plaisir, de Jean-Pierre Mocky
1988 : Une nuit à l'Assemblée Nationale, de Jean-Pierre Mocky
1988 : Prisonnières, de Charlotte Silvera
1991 : Dingo, de Rolf de Heer
1992 : Ville à vendre, de Jean-Pierre Mocky
1992 : Sam suffit, de Virginie Thévenet
1994 : Personne ne m'aime, de Marion Vernoux
1996 : Rainbow pour Rimbaud, de Jean Teulé
1997 : Nous sommes tous encore ici, d'Anne-Marie Miéville
1997 : Généalogies d'un crime, de Raoul Ruiz
1997 : Sous les pieds des femmes, de Rachida Krim
1999 : Rien sur Robert, de Pascal Bonitzer
2000 : Un possible amour, de Christophe Lamotte
2002 : Les Amants du Nil, d'Éric Heumann
2002 : Les Petites couleurs, de Patricia Plattner
2006 : Prête-moi ta main de Eric Lartigau
2006 : Les Petites Vacances de Olivier Peyon



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